Sylvio Dugas est originaire de Kedwick, au Nouveau-Brunswick. Après deux ans comme directeur de la Caisse populaire locale, il travaille au Labrador pendant 14 ans pour la compagnie 10C. Il passe ensuite 20 ans à Sept-Îles, ou survient le décès se son épouse, Pierrette. Il revient alors dans son village natal.

Passionné d’écriture, il présente ici un roman d’une grande envergure, truffé de récits romantiques, d’intrigues et d’énigmes policières. Les travailleurs forestiers d’aujourd’hui pourront difficilement croire que ça s’passais d’même au temps jadis.

-Père Jacob, vous avez pas une histoire à nous raconter avant qu’on s’couche?

En fait, le raconteur était un homme plus âgé que les autres qui faisait la narration de récits évoquant des situations supposément vécues suscitant l’intérêt de ses confrères. Il était reconnu comme très habile dans son rôle, et rares étaient ceux qui osaient remettre en question la véracité de ses légendes. Il se redressa sur le bord de son lit, sortit sa pipe, la bourra et l’alluma en des gestes lents, créan ainsi un climat d’anticipation et d’intérêt.

-À soir, j’vas vous raconter l’hitoire de la chute du Diable. J’vous raconte celle-là parce qu’on va avoir demain deux jeunes nuoveaux draveurs qui vont faire face à la rivière du Diable pour la première fois. Pis y doivent connaître les dangers qui les guettent. Pas seulement ceux qu’on peut voir, mais aussi les ceuses qui se promènent au- dessus de nos têtes, sans qu’on les voie!

-Y’a ben longtemps, la rivière était dravée pour la première fois. A l’avait même pas de nom encore. Parmi les homes du camp, y’en avait un qui s’appelait Zacharie. C’t’homme-là se levait le matin enragé, pis y s’couchais l’soir encore enragé, pis toute la journée y sacrait comme un damné…