Nous sommes en 1750, dans l’isthme de Chignectou, aujourd’hui à la frontière du Nouveau-Brunswick et de la Nouvelle-Écosse. Les Acadiens, qui vivent dans la région depuis plusieurs générations, sont pris au piège entre les troupes venues de Québec et l’armée anglaise prête pour l’affrontement.

Le capitaine Forget leva le bras pour attirer l’attention et déclara :

— C’est NOTRE territoire, monsieur, non le territoire anglais.

Alexis, arrêté en plein vol, fit face à son détracteur :

— Vous n’ignorez pas qu’il y a près de quarante ans, messieurs, que la France et l’Angleterre essaient de définir les limites exactes entre l’Acadie française et l’Acadie anglaise sans en arriver à une solution.

Ses connaissances de l’histoire étaient justes. Autant les Anglais que les Acadiens en ignoraient les limites précises.

— Mais qui êtes-vous ? Et pour qui vous prenez-vous pour venir ici nous faire la leçon et nous dicter notre conduite ?

Alexis se dressa :

— Mais vous n’avez donc rien compris ! Qui sommes-nous ? Vous nous demandez qui nous sommes?

N’avez-vous pas vu nos maisons, nos épouses, nos enfants ? N’avez-vous pas remarqué nos terres avec leurs aboiteaux, nos bêtes à cornes ? Mais nous sommes les habitants des lieux, monsieur le représentant du gouverneur ! Nous sommes ici chez nous… depuis près de cent ans ! Et ce sont nos terres que vous foulez !

L’auteur, Edmond L. Landry, a pratiqué la chirurgie à l’Hôpital St-Joseph de Dalhousie, au Nouveau-Brunswick, pendant plusieurs années. Il est maintenant retraité. Son écriture est imprégnée du souci de celui qui sait écouter et observer.

En 2002, le Prix Littéraire France-Acadie lui a été accordé pour son roman La charlotte de battures.