1755 est un groupe légendaire et, d’année en année, le public le confirme par intérêt qu’il manifeste à son égard. Mais plus puissant encore est l’effet de rassemblement qu’engendre chacun de ses spectacles, car 1755, c’est beaucoup plus qu’un groupe, c’est en fait le chant d’une génération dont je fais partie. Et pour une raison inexplicable, plus que tout autre oeuvre d’art de cette époque, c’est ce chant-là qui a rejoint les autres générations pour leur transmettre l’énergie, le sens de la fête et l’air du temps qui nous habitaient au début des années soixante-dix. De nos jours, nous écoutons cette musique et ces paroles comme chansons, mais à l’époque ou elles furent créées, elles ont accompagné une prise de conscience, elles ont symbolisé un mouvement de revendications et elles sont restées comme des témoignages d’une période de tensions et d’affirmation dont plusieurs ont gardé une grande nostalgie. Mais pour ceux qui découvrent ou redécouvrent cette musique, ce n’est pas la nostalgie qui les retiens mais plutôt la qualité, le talent, la précision de ces musiciens qui, à l’époque, endisquaient après avoir rodé leur spectacle devant public. La cohésion de l’ensemble, le bonheur évident de jouer ensemble deviennent ici contagieux et ne peuvent faire autrement que nous entraîner dans l’univers auquel ils nous convient. Cet élan, cette intensité et cette volonté, nous les retrouvons aujourd’hui sur ces disques d’abord gravés sur vinyle, puis sur cassette et maintenant sur  support numérique, mais peu importe la manière dont elles nous arrivent, ces chansons conservent toujours une qualité qui en fait des moments marquants de notre histoire musicale.

– Herménégilde Chiasson